La prochaine visite du Sponsoring Committee de l’Association Psychanalytique Internationale pour l’ALDeP aura lieu le week-end du 18 au 20 octobre 2019. Vous pouvez consulter les détails relatifs aux demandes d’entretien en cliquant ICI.

LETTRES D'INFORMATION

Le programme des conférences de l'année 2019-2020 est actuellement en ligne. Il est diffusé dans la section Calendrier (Activités scientifiques).

Le programme des séminaires de l'année 2019-2020 est actuellement en ligne. Il est diffusé dans la section Séminaires (Activités scientifiques).

Vous pouvez consulter le texte intégral de la conférence Je te hais un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ; Lorsque la haine donne naissance à la créativité (N. de Coster), donnée le 9 mai 2019 dans le cadre des activités scientifiques de l'ALDeP.

Vous pouvez consulter le texte intégral de la conférence Les solutions masochiques ; Enjeux et pistes thérapeutiques (M. Khoury), donnée le 21 février 2019 dans le cadre des activités scientifiques de l'ALDeP.

Veuillez trouver à partir du lien Society of the Month le texte sur l’ALDeP paru sur le site de l’Association Psychanalytique Internationale (IPA).

CONGRÈS INTERNATIONAUX
2019-2020

PUBLICATIONS

La section "Publications" vise à faire connaître les références bibliographiques des membres (publications éditées ou à paraître), les conférences déjà données ainsi que les articles qui traitent de questions théoriques, cliniques et de technique psychanalytique. Une section est également consacrée aux commentaires d'articles et d'ouvrages.
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Conférences en ligne

Du monstre bisexuel à la différence des sexes

Nayla de COSTER

Conférence présentée en collaboration avec Jacqueline Schaeffer dans le cadre du Symposium “Gender, sexual identity and sexuality” (Istanbul, 2013) ; publiée par la suite in Arduman D. (Ed.), Istanbul Bilgi University Press, 2013.


Trois études de figures au pied d'une crucifixion (3ème étude).
Francis Bacon (1944).





INTRODUCTION (Jacqueline Schaeffer)

Nous avons travaillé ensemble, Nayla de Coster et moi-même, et avons l’intention de vous présenter un travail inter-analytique, c’est à dire entre deux analystes.
Nayla de Coster est l’analyste, en langue francaise, d’un patient qu’elle va vous présenter. Elle décrira quelques séances, sur lesquelles j’interviendrai, en me livrant à des réflexions théorico-cliniques.
Je précise bien qu’il ne s’agit pas d’une supervision, mais de commentaires sur du matériel analytique.

C’est un travail d’écoute de l’écoute, comme l’a théorisé Haydée Faimberg, psychanalyste parisienne, participant à de nombreux colloques internationaux.
Ce travail inter-analytique est un exercice clinique que nous pratiquons régulièrement au Centre de consultations et de traitements psychanalytiques Jean Favreau, de la SPP, sous la direction de Jean-Louis Baldacci et de Jean Luc Donnet, mais en groupe. Un ou une analyste expose un cas devant un groupe d’analystes, dont chaque membre aura à s’exposer de la même manière. Les membres du groupe sont invités à faire leurs commentaires sans que l’analyste intervienne ou réponde, et il ne sera invité à le faire que en fin de réunion. Et chaque année, le travail du groupe fait l’objet d’un colloque, très apprécié, par un public externe d’analystes de la SPP.



EXPOSÉ D’UN CAS CLINIQUE (Nayla de Coster)
COMMENTAIRES (Jacqueline Schaeffer)


Premier entretien et première séance (juin 2012)

Quand M. X m’a appelée au téléphone, pour demander une analyse, j ai cru reconnaitre une voix de femme.
C'est un homme de 29 ans, très mince, grand et beau. Je dirais plutôt joli garçon. Très fin et plutôt féminin.
Il est très poli, agréable, de bon niveau socio-culturel.
Il travaille dans la publicité et la communication.
M. X dit qu’il est né et a grandi dans une ferme dans le sud de la France.
Le père est un gentleman-farmer, la mère est une enseignante de haut niveau.
Il est le dernier enfant, né 5 ans après un frère et 3 sœurs.

La cure aura lieu en face à face.
M. X dit qu’il n’a jamais été en thérapie avant de venir chez moi.
Il est intéressé par l’analyse parce qu’il a des problèmes liés à sa sexualité.
Il est hétérosexuel, mais il souffre d’une phobie de se découvrir homosexuel.
Il parle de terreurs homosexuelles qui se présentent sous forme de cauchemars toutes les nuits. Il se réveille en sueur et ne peut plus se rendormir.
Il se sent très déprimé après ces cauchemars.
Les pensées d’homosexualité le poursuivent tout le temps et il essaie de se souvenir de son enfance, mais c’est difficile.
Il dit : « Je suis hétérosexuel mais il y a à l’intérieur de moi un étranger qui pourrait tuer l’hétérosexuel ».
Les cauchemars homosexuels semblent avoir commencé à l’adolescence.
Ils disparaissent au début d’une relation avec une femme, mais recommencent 2 mois plus tard.
Il dit n’en avoir parlé à personne.

Ce patient a conscience d’un étranger en lui, d’un produit de son ICS, et il se sent menacé dans son moi conscient. Les symptômes de phobies signent la défense contre ses angoisses, et les cauchemars témoignent d’un défaut de censure du rêve, qui n’est plus le gardien du sommeil. La confusion, lors du réveil, a un caractère de dépersonnalisation qui ne le rassure pas.
Seule peut le rassurer une relation hétérosexuelle, réalité externe qui chasse les angoisses de sa réalité psychique.


Il raconte qu’il était souvent embêté par son frère et ses sœurs qui se moquaient de lui, en l’accusant d’être pédé et d’être le chouchou de sa mère. Il dit en avoir était très marqué.
A l’âge de 8 ans, M. X est envoyé dans un pensionnat pour garçons de familles très huppées.
De sa mère, M. X dit qu’elle est puissante, qu’elle parle bien, qu’elle est très perceptive lorsqu’il s’agit de la vie émotionnelle et psychique, mais qu’elle a mauvais caractère et peut être très dure et autoritaire.
Un jour, lorsqu’il était adolescent, sa mère lui dit qu’on ne peut pas être bisexuel, que cela n’existe pas.
M. X dit ressentir que les autres décident pour lui et qu’ils l’accusent.

L’imago maternelle apparait comme très phalliquement puissante.
Il a le sentiment qu’elle le pénètre et influence ses pensées, et qu’elle le féminise, ce qui lui attire des taquineries en famille.
Il est possible aussi qu’il ait pu être l’objet d’attaques homosexuelles dans un collège de garçons.


De son père, il dit qu’il a appris à l’adolescence qu’il avait des relations compulsionnelles avec des prostituées et qu’il dépensait de grosses sommes d’argent pour ça.
Il dit que son père a un secret qu’il pense être d’ordre sexuel, mais que son père ne peut pas en parler.

Dans mon écoute, j’ai le fantasme que le secret paternel pourrait concerner des prostitués filles mais aussi des garçons. C’est une hypothèse qui sera à vérifier.
Est-ce une réalité ou est-ce le fantasme du patient ?


Les parents divorcent après 35 ans de vie commune. M. X avait 15 ans. Il pensait que ses parents étaient un couple idéal.
La mère de M. X prend alors des amants.

Autre hypothèse : la mère aurait-elle pris des amants plus jeunes qu’elle ? Eventuellement de son âge a lui ? Ce serait dans ce cas la source de craintes incestueuses.

M. X me raconte un rêve qu’il a fait deux jours avant notre rendez-vous :
« Je rêve que je me rends à ma séance et le thérapeute est un homme. Durant la séance j’ai senti que le thérapeute essayait de me séduire et je me sentais pris au piège. »

Le rêve est aussitôt homosexuel, signe d’un transfert massif, et de sa peur de l’analyse et de l’analyste.

Il parle de rêves récurrents, dans lesquels il observe des membres de sa famille faisant l’amour, ou qu’il observe un homme qui viole un autre homme.

On peut se demander si la scène primitive qu’il a construite n’est pas une scène homosexuelle. Cela pourra se confirmer si l’imago maternelle est excessivement phallique.

M. X rapporte un rêve en fin de cette première séance.
« J’étais avec une petite amie et on grimpe les escaliers d’une tour très étroite. On arrive dans un hammam où il y a des hommes qui paraissent venir du Moyen-Orient. Ils sont barbus, nus, et ont des pénis énormes et difformes, des pénis grotesques. Je voulais partir, mais ma petite amie voulait qu’on regarde.
Il associe sur un souvenir d’enfance :
Il jouait au docteur avec un copain d’école. Ils se touchaient. Il avait 6 ans et son père s’est fâché très violemment.

On perçoit que la pulsion partielle voyeuriste a dû jouer un rôle important durant son enfance.
La vue du pénis paternel est toujours énorme pour un enfant très petit, et reste inquiétante et traumatique quand la phase phallique œdipienne et l’angoisse de castration n’ont pas pu organiser l’investissement de la différence des sexes et des générations, avec l’appui d’une identification paternelle.
Le père du souvenir semble en effet violent et terrifiant. Son regard est condamnateur davantage qu’interdicteur. S’agit-il, pour l’enfant, d’un père œdipien ou davantage d’un père de horde primitive ?




Des autres (À partir du texte de Arnaud Rivieren).
Katya Traboulsi (2011, Tamyras).



Deuxième séance

M. X parle de sa peur du divan et des transformations qui résulteraient d’une psychanalyse.
Il dit être terrifié à l’idée de découvrir une autre personne en lui.
Il va s’intéresser à la fonction des rêves, et il me posera beaucoup de questions.

M. X rapporte deux rêves qu’il a eus après notre première séance :

Premier rêve : « Dans mon rêve, je regarde un homme petit et barbu avec de l’eczéma sur la figure. Cet homme a les jambes écartées et exhibe un vagin. Il a des lésions sur tout le corps ».

Un monstre bisexuel apparait. Sans doute en défi à la mère qui lui a interdit de penser la bisexualité, celle qui resurgit dans le rêve.
Le rêve est très cru, comme une provocation à la mère dans le transfert. Le corps masculin dont la peau est abîmée est objet de dégoût. Le sexe féminin est objet de terreur et d’horreur.


Deuxième rêve : « Je rêve que je fais l’amour avec quelqu’un qui change de sexe ».

Il a dit tout au début avoir peur de la transformation par l’analyse, cette transformation serait-elle un changement de sexe ? Ce serait alors une angoisse transsexuelle davantage qu’homosexuelle.
Le monstre bisexuel le menace directement dans son identité sexuée.




PREMIERS QUESTIONNEMENTS ET HYPOTHÈSES CONCERNANT LE PATIENT ET LA CURE

- Le « monstre », c’est un fantasme de nature prégénitale, archaïque, celui que les contes de fées aident à élaborer, dans un environnement favorable.

- Ce monstre bisexuel, cet étranger qui menace de le contaminer, qui est il ? Le père de la horde primitive ? La sphinge mère phallique omnipotente ? Le fantasme des « parents combinés » ?

- Pour Mélanie Klein, le fantasme des « parents combinés » les représente collés et fusionnés dans un coït ininterrompu.
C’est un fantasme prégénital antérieur à la construction du fantasme originaire de scène primitive, celui qui va permettre la différenciation des sexes des parents et mener vers les identifications alternées aux deux sexes via et à travers le complexe d’œdipe.

- La cure de M. X va-t-elle lui permettre cette différenciation, et d’entrer dans une organisation œdipienne, celle qui consiste à sortir du noyaux incestueux ?
Le fantasme des « parents combinés » c’est l’archaïque de la scène primitive. C’est le prégénital bisexuel.

- le patient va probablement transférer sur l’analyste le monstre bisexuel prégénital, pour que ce transfert puisse l’en délivrer.

- Il s’agira, dans l’échange transféro/contre-transférentiel de la cure, de parvenir à organiser une angoisse de castration. Celle qui permet au patient (comme à l’enfant) de se dégager du corps de la mère archaïque. Avec l’appui d’une identification paternelle.



Une séance fin juin

Il me dit qu’il était en Angleterre pour le week-end et qu’il a vu des amis et parents. Il a pensé à l’analyse.
Il s’est bien amusé, mais les pensées à propos de sa sexualité sont revenues.
Lorsqu’il entend les amis discuter de la sexualité des autres, les pensées obsessionnelles au sujet de sa propre sexualité reviennent.
Il se rappelle d’un rêve qu’il a fait dans son adolescence :
« J’étais dans notre ferme. Il y avait une boum mais les invités étaient déchaînés et j’avais peur qu’ils détruisent la maison. La chambre de mes parents a un studio qui la précède, où ma mère travaille. Les invités ont forcé la porte de la chambre de ma mère où j’avais planifié de coucher avec une fille dans le lit de mes parents. Je vois dans le rêve des invités qui lisent le journal intime de ma mère. Puis, dans le dressing, je vois un homme qui bloque l’entrée de la chambre de ma mère. C’est un vieil homme habillé en smoking mais il ressemblait à un fantôme. Je lui dis : « Alors c’est toi ? ». Il entre alors dans la chambre de mes parents, se couche sur la fille qui est dans le lit et disparait dans son corps, puis il se transforme en glace. Il est gelé mais défiguré ».

Nous sommes devant une scène primitive horrifiante, qu’il doit geler pour l’immobiliser.
Ses pulsions sont déchainées par la cure, comme les invités, particulièrement les pulsions incestueuses.
Le danger de l’inceste primaire est celui de disparaître englouti dans le corps vagin maternel.
Le monstre devient un fantôme, d’allure paternelle.
L’acte sexuel est effractif et destructeur.
L’étranger dans la maison est l’étranger, à la fois pulsionnel et transférentiel, qu’il redoute dans sa psyché.


En association, il dit qu’il a eu peur dans le rêve de ne pas pouvoir vider la maison.

Il exprime peut-être ici sa peur ou son angoisse de vider sa psyché dans l’analyse et son angoisse d’être envahi par l’analyste et l’analyse, comme par les invités dans le rêve.
Les invités peuvent représenter ses pensées obsessionnelles.


M. X dit qu’il fait souvent des rêves où des enfants vont envahir et salir sa maison.
Les rêves ont commencé après la vente de la ferme qui devait lui revenir en héritage.
Il rêve souvent de maisons détruites, de chambres souillées. Ses rêves ont souvent beaucoup de chambres.
Un autre rêve : « Je marche dans un long couloir sombre avec un robot. Dans ce couloir il y a de l’herbe et chaque pièce a une porte en bois. Les portes s’ouvrent l’une après l’autre et un énorme monstre apparait ».

La scène primitive est loin d’être organisatrice, mais plutôt destructrice. La sexualité est sale, envahissante, et les chambres représentent davantage des parties et des ouvertures de son corps attaquées, plutôt qu’à des attaques de la chambre des parents.

Un autre rêve lui revient, qu’il a fait récemment :
« Je rencontre ma petite amie et j’ai envie d’elle, mais elle a est accompagnée et on se retrouve tous les trois à jouer au scrabble

Le scrabble apparaît comme le jeu de l’analyse où l’on cherche les mots.
Le chiffre 3 apparaît.


Dans cette séance il va faire un lapsus et dire ob-session pour session (séance en anglais).
Il revient sur ses frères et sœurs qui le taquinaient sexuellement. Ils l’auraient filmé à la toilette quand il était adolescent. Il en a été très traumatisé.
Il va aussi beaucoup parler de l’analyse, de ses doutes, de ses angoisses à s’investir et sa peur d’être coincé.


Une séance mi-juillet

M. X : « Tout va bien. J’ai eu une semaine bizarre. Je suis addict aux jeux vidéo et j’ai beaucoup joué la semaine passée. Quand je joue tout sort de ma tête. »
Moi : Tout ?
M. X : « Je devrais plutôt lire ou écrire. À l’université j’écrivais beaucoup. Je pensais devenir enseignant, comme ma mère. Après avoir joué sans m’arrêter aux jeux vidéo je suis déprimé et je me sens coupable.
Ma vie me semble un peu vide pour l’instant… Est-ce que ce que je vous dis est utile ? »
(Je lui rappelle la règle fondamentale).
M. X : « J’ai très peur de venir ici et de vous raconter des banalités comme ma liste de courses, etc. Et je me demande alors comment vous allez m’aider… Les choses que je vous ai racontées durant les premières séances ne me dérangent plus. »
Il utilise l’ordinateur et les jeux, défensivement, pour chasser les pensées qui l’embêtent.

M. X : J’ai fait un rêve hier :
« Un de mes amis était en train de mourir d’une maladie incurable, mais il y avait des funérailles avant qu’il meure ».
En association, il parle des funérailles de son oncle maternel. Il avait 7 ou 8 ans.
L’oncle s’était converti à l’orthodoxie russe (il était protestant).
M. X raconte qu’il a vu le corps exposé dans le cercueil, que le visage était tout blanc et gonflé.
Juste après cette description M. X dit qu’il se sent souvent déconnecté dans ses relations.
(Je pense à ce moment qu’il me prévient d’un sentiment de déconnection avec moi et qu’il pourrait mettre un terme à l’analyse avant la fin (funérailles avant la mort).

La tête gonflée de pensées dans l’analyse, ou un pénis dégonflé. Une vision horrible et mortifère de la sexualité.
Il y a quelque chose de très angoissant en rapport avec les hommes de la famille : le père et l’oncle…


Il me dit qu’après notre dernière séance il s’est senti déconnecté de tout et de sa copine et que ça lui a fait peur.

Il est important de ne pas craindre son désinvestissement dans la séance et dans le contre-transfert.

Il va continuer à parler de l’ordinateur et dire qu’il a surtout joué après son voyage à la Mer Noire. Il s’est senti très déprimé après ce voyage.
Quand je lui demande s’il peut en parler, il dit qu’il était accompagné par un traducteur, un jeune homme, qu’il devait partager la chambre d’hôtel avec lui et que cela l’avait troublé.
De la Mer Noire, il dit :
« C’est une mer isolée et singulière. Elle est unique. Il n’y a pas d’oxygène dans les profondeurs, donc rien ne peut y vivre. Au-delà de 50m de profondeur tout meurt. Les poissons sont morts ».
(J’ai pensé ici à la dépression primaire).
M. X va parler alors de sa peur du changement, du sentiment de ne pas savoir où il va et de se sentir peu connecté aux autres. Il dit qu’il a eu des passions et des intérêts dans sa jeunesse : le vin, les arbres, les oiseaux… mais il décrit ses activités et ses intérêts comme quelque chose de cérébral…
Il dit aussi avoir peur de commencer quelque chose et de ne pas le mener jusqu’au bout.
Je lui demande s’il pense qu’il y a un lien avec la thérapie.
(Je pense à son rêve et à l’enterrement avant la mort du copain).
M. X va partir sans payer sa séance.


Une séance fin juillet

Il raconte un rêve :
« Je suis à table sur une terrasse qui surplombe la mer. Je suis avec mon père, il parlait de sa vie sexuelle. Je vois ma copine étendue sur la plage plus bas près de l’eau, et je vois au loin un tsunami qui arrive et qui va l’engloutir. »
M. X dit rêver souvent de tsunamis.

Ici il faut donner au matériel un sens métapsychologique freudien. Il ne s’agit pas de la mort ou de l’archaïque, mais de la peur d’être englouti par les pulsions et le ça. Le tsunami c’est l’économique. C’est l’envahissement par de grandes quantités pulsionnelles.
Les fantasmes incestueux sont aussi envahissants, en rapport ici avec le père.


M. X dit qu’il ressent la sexualité comme un danger et que ses angoisses au sujet de sa sexualité sont revenues.
Il a regardé sur internet, et pense qu’il souffre des troubles obsessionnels, et qu’il devrait consulter. Quand je lui demande qui il voudrait consulter, il parle de thérapie comportementale.

Il cherche ! Viendra le moment de lui dire que derrière la peur de l’homosexualité il y a peut-être autre chose qui l’inquiète.

M. X va parler d’une « tristesse sans nom » et de la conviction que les choses ne vont pas aller bien pour lui.
M. X va parler des silences dans la thérapie. Il dit qu’il n’aime pas ça.
Il a l’impression d’être jugé comme à l’école, avec des bonnes ou mauvaises notes s’il ne dit rien. Il a peur du silence et du noir.
Il a consulté auparavant la copine de sa mère qui est psychanalyste d’enfants.
Il dit que sa mère a influencé ce qu’il devait être.

Ici ce n’est pas de la mère réelle dont il s’agit, mais d’une imago.
Il sent qu’il a un mauvais objet interne.
Il intercale beaucoup de monde entre son analyste et lui.


Il parle d’une conviction, celle que sa mère a été abusée sexuellement dans sa jeunesse, à cause de ce qu’elle écrit dans ses textes, où il s’agit beaucoup d’inceste.
Là, je lui dis qu’il est peut-être ici chez moi pour chercher et comprendre tous ces secrets de famille qui restent dans le silence et le noir.

Les fantasmes incestueux visent ici la mère et son influence.

À la fin de la séance je lui mentionne qu’il a oublié de payer la séance passée. Il dit qu’il n’en était pas sûr en sortant de la séance et me demande s’il peut la payer à mon retour des vacances d’été.

Il garde une dette pour maintenir un lien avec son analyste et annuler la séparation.
Il a parlé de consulter quelqu’un d’autre, un comportementaliste, parce qu’elle part.
Il a dû se sentir agressif envers son analyste, mais n’en parle pas durant la séance.
Comment cela va-t-il se répercuter sur les retrouvailles en septembre ?



Une séance début septembre

C’est une séance après les vacances d’été. Il a manqué une séance, sans prévenir.
Il dit qu’il était loin pour une activité professionnelle, qu’il a laissé sa carte bancaire dans la machine, et que donc il ne pourra pas me payer.
Il a envie d’arrêter la thérapie. Les causes qui l’ont mené à moi ont disparu ; il ne croit pas à l’inconscient, il ne supporte pas les silences, etc.
Il va aussi dire que lors du voyage à la Mer Noire, il s’est senti en compétition avec d’autres professionnels plus âgés et plus expérimentés.
Il a maintenant des doutes sur ses capacités professionnelles. Il a toujours pensé qu’il était brillant. Sa mère lui a toujours fait croire qu’il était surdoué.
Il avait l’air très décidé de ne plus revenir, mais j’ai pu le convaincre d’en parler lors d’une prochaine séance, ce qu’il accepte.

Il doute d’être à la hauteur de son idéal du moi, qui est surtout celui de sa mère. Son angoisse de castration est forte. Est-ce qu’il sera à la hauteur de ce que son analyste attend de lui ? Comme sa mère ? Il a l’impression d’être sous l’œil et le jugement maternels.
Nous convenons de lui donner un mois de délai pour continuer la cure, et alors de faire le point. Il faut obtenir son accord, pour éviter d’être comme l’imago maternelle qui lui impose ce qu’il doit être.
Il a très peur d’être coincé, ligoté.
Il a un idéal du moi grandiose, mais c’est celui que sa mère projette sur lui.
Il importera de lui montrer qu’il a fait du bon travail, que c’est son travail à lui, et qu’il n’a pas déçu son analyste. Mais que cela ne suffit pas, et qu’il doit continuer.
Dans le transfert, son analyste doit être une mère qui l’accompagne dans son désir de grandir, mais qui ne lui impose rien.



Une séance mi-septembre

Il accepte d’ajouter 4 séances jusqu’à fin octobre, c’est sa décision, et puis on fera le point !
Il dit qu’il a réalisé qu’il est venu chez moi pour des problèmes sexuels mais que maintenant il voit qu’il a peur de ne pas avoir la capacité d’être heureux et satisfait dans ses choix de vie.
Il a quitté Paris à cause de la compétition et de la rivalité avec les autres.
Il a très peur de se sentir diminué.
Il parle beaucoup de la compétition avec un concurrent qui l’a devancé. Il dit rechercher la compétition, mais en même temps la fuir et en être très angoissé.
Il a envie de changer de profession et se demande pourquoi il a choisi celle-là.
Je lui montre le conflit.
A ce moment il m’avoue, très embarrassé, qu’il a joué pendant des jours à des jeux d’ordinateur au lieu de travailler.
Il a honte d’en parler, mais ça l’aide à ne pas penser, et à Istanbul il n’a pas de structure de travail et de limites.
Quand je lui demande en quoi consistent les jeux, il dit que ce sont des jeux de stratégie (conquête de pays etc.). Il ajoute que quand il joue, le jeu devient obsessionnel, comme les pensées sexuelles qui l’ont amené à moi.
Il termine la séance en me demandant trois séances dans la même semaine parce qu’il part à l’étranger, chose que je refuse, bien sûr.

Il commence à s’organiser dans le conflit, ce qui est de bon aloi.
Son angoisse de castration est forte. Son narcissisme phallique est très fragile.
Comment va-t-il réussir à conquérir ? (comme dans les jeux de stratégie).
Il représente l’idéal de sa mère et a peur de ne pas être à la hauteur. Il est devant l’imago d’une mère toute puissante qui le traite comme un gamin. L’investissement phallique, du côté du père, n’est pas solide. Il n’ose pas dire qu’il joue à des jeux d’enfant, dans le transfert. Il a peur d’être devant une mère qui ne le considère pas. Il pense qu’il a un pénis d’enfant et que les autres, les concurrents, ont tous des pénis puissants.

Pour l’instant c’est lui qui semble imposer le cadre, mais c’est l’analyste qui le maintient.
Le patient ne veut pas être piégé, le cadre pourrait devenir un carcan.
Le cadre a deux fonctions : l’une est de définir des limites = comme le cadre d’un tableau, l’autre est de maintenir et d’empêcher la déformation = comme le cadre d’une raquette de tennis.
C’est de cela qu’il a peur.
Il importe de lui montrer qu’en analyse on a une stratégie commune et qu’il y a une capacité de jeu, mais à l’intérieur du cadre.



Une autre séance mi-septembre

Dans cette séance, Il me dit qu’il se sent bien depuis la dernière séance et qu’il a arrêté de jouer aux jeux vidéo. Il a pensé que la dernière séance était une bonne séance.
Il parle de son père et dit être très en colère contre lui.
Car son père a une nouvelle femme dans sa vie, mais il refuse de la rencontrer pour ne pas fâcher sa mère.
Il trouve que son père se comporte pour l’instant comme un adolescent et c’est lui-même qui doit faire le ménage de la maison familiale, comme il l’a fait après la séparation de ses parents.
Il dit que son père est amoureux et qu’il est constamment en voyage avec sa nouvelle amie pendant que lui-même console sa mère.
Il dit que sa grand-mère paternelle s’est suicidée quand son père avait 21 ans. Et que son grand-père paternel est mort cinq ans avant sa grand-mère.
Il dit que ses grands-parents paternels sont des personnages mystérieux pour lui.

La différence des générations se déplace sur les grands-parents. Car c’est le père qui a des rapports sexuels et qui se conduit comme un adolescent.
Comme le Petit Hans, M. X est contraint et protégé par ses symptômes obsessionnels, sinon il serait envahi par la curiosité infantile sur le secret sexuel.
Que devient une scène primitive où les générations s’inversent ?
Maman pleure, comme une petite fille qu’il doit consoler.
Papa est un adolescent qui part avec une femme plus jeune, probablement proche de son âge a lui ?
Il y a également un déplacement des obsessions. Sa mère et lui doivent nettoyer les saletés de la sexualité du père. Ils forment un couple.
Tout cela remet en route des fantasmes incestueux qui entravent son organisation œdipienne.


Avant cette séance, il m’avait envoyé des sms pour demander l’heure de sa séance. Le cadre est souvent mis à mal.
Je lui donne une séance un dimanche pour lui montrer que je maintiens le lien. Mais je lui précise bien que c’est exceptionnel.

Lui est très ambivalent. Mais son analyste ne doit pas l’être, elle doit maintenir le cadre. Elle va surtout devoir maintenir le lien.
En venant le dimanche le patient empiète sur la scène primitive de son analyste, donc elle doit lui montrer que son investissement à elle porte sur son travail et non pas sur lui-même. Sinon on risque d’accentuer le côté incestuel.



Une séance fin septembre

M. X va parler de son frère qui vient de découvrir qu’il est atteint d’un cancer des testicules dont il souffre depuis quelque temps.
Quand je lui fait remarquer qu’il n’en a pas parlé avant, il dit qu’il n’a pas pensé que c’était important.
Je lui dis que pourtant ce n’est pas n’importe quel cancer !
Il répond qu’un cancer des testicules lui fait penser à la castration, et que dans sa famille on tourne tout en dérision pour pouvoir supporter les difficultés.
(Il commence à comprendre ses mécanismes de défense, le déni, la banalisation).
Il va enchainer en me racontant qu’il avait été dégouté de ce cancer, qu’il n’arrivait pas à regarder son frère, qu’il a trouvé ce cancer répugnant.
M. X va alors apporter un rêve :
« Je suis dans l’appartement avec ma mère et ma sœur. Ma mère a son derrière en l’air et ma sœur lui introduit un journal enroulé dans son vagin en l’aspergeant de poudre. Je ne voulais pas que ma petite amie voit ça. Tout d’un coup, il y a un fantôme sur un vélo qui traverse le mur.
Il ajoute qu’il ressent ses pensées sexuelles comme difficiles à supporter.
Je lui dis que peut-être il a du mal à en parler ici et qu’il ne veut pas me les montrer, comme il ne veut pas montrer la scène dans le rêve à sa petite amie.
Il me répond que le sexuel est très effrayant pour lui. Il le ressent comme un monde étranger, dangereux et destructeur.
M. X va pouvoir faire un lien entre le fantôme de ce rêve et les fantômes des autres rêves qu’il a rapportés ici dans les séances précédentes.
Il va évoquer un souvenir :
« J’avais 8 ans et j’étais dans mon lit. C’était la nuit. J’ai vu comme une ombre passer. J’ai pensé qu’il y avait un fantôme, donc je me suis réfugié dans le lit de mes parents. Aussi, ma sœur m’a dit qu’elle a un jour regardé par la fenêtre et qu’elle m’a vu avec un homme qui me parlait et qui a disparu par magie. »

On voit ici les angoisses du monde de l’enfance.
Fantôme et fantasme ont la même étymologie. Donc le fantasme est dangereux. Il faut le tenir à distance et le déplacer.
Le monde magique des contes de fées est menaçant pour lui. Car il a eu du mal à différencier les fantasmes de la réalité.
C’est aussi ce qui est difficile dans l’analyse, car dans la pensée magique de la défense obsessionnelle les fantasmes deviennent réalité, donc il était dangereux de les exprimer en séance.

Je considère cette séance comme très importante.
Il est possible que la fixation d’un délai pour remettre en question son désir d’arrêter la cure ait favorisé la relance du processus.
De nombreuses séances montraient des résistances fortes, telles que dénis, banalisations, désinvestissement, et surtout menace de fuite de l’analyse. 
Mais ici les défenses commencent à se lâcher.
Les terreurs portant sur des organes génitaux monstrueux, le dégoût anal du cancer des testicules, vont pouvoir se lier à des angoisses de castration.
Les angoisses d’intrusion prégénitales vont pouvoir se transformer en angoisses de pénétration génitale. Même si le vagin reste assimilé à un anus.
La sexualité des parents qui faisait intrusion dans la sexualité infantile de l’enfant et entravait son bon développement, peut se transformer en une représentation de scène primitive, avec le souvenir d’un enfant venant se réfugier dans la chambre des parents.
C’est aussi l’analyste qui a relancé le processus, en interprétant qu’un cancer des testicules n’était pas un cancer anodin.
Ensuite les fantômes reviennent.
Auparavant, les fantômes étaient de l’autre côté du mur, mais maintenant ils traversent les murs.
Le mur c’est la barrière des défenses.



Une séance fin octobre 2012

On arrive à la dernière séance du délai prévu.
Le patient l’avait oublié. J’ai dû le lui rappeler.
Il a reconnu son ambivalence et décidé qu’il pourrait continuer à la fréquence d’une séance fois par semaine jusqu’à la fin de l’année. Je lui dis quand même qu’on devra alors réfléchir à une thérapie sans limite dans le temps. Il est d’accord.
Il rapportera encore un rêve de tsunami, mais dira qu’il n’en avait pas peur, et que c’était plutôt agréable.

Il semble que sa violence pulsionnelle ne lui fait plus autant peur, et qu’il peut même y trouver un certain plaisir.

Dans la reprise de la thérapie, il dit que celle-ci l’a aidé à reconnaître que sa mère a organisé sa vie émotionnelle et professionnelle et qu’il a eu peur de la décevoir. Maintenant, grâce à la thérapie il peut mettre des mots.
Vers la fin de la séance il va dire que son père vient de l’aristocratie, sa mère de la classe moyenne et qu’il se sent comme le produit de parents « combinés » ; ce qui provoque ma surprise.
En fait, il sent qu’il n’est rien. Peut-être est-il parti de chez lui pour que les autres ne lui imposent pas son identité et ne lui tracent pas son chemin.

On peut dire que la cure est relancée.
Le patient nous parait en effet être sur le chemin d’un travail de structuration de sa psyché.





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