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Conférences en ligne

Les monstres terrorisants

Wafica ABOU-HABIB KALLASSI


(Cette communication a été présentée en mai 2004, dans le cadre des conférences mensuelles de la Société Libanaise de Psychanalyse).


L'histoire que je vais vous raconter ce soir, n'est pas un conte de fées à faire endormir, au contraire, c'est un conte à réveiller chaque inconscient qui risque de somnoler au contact de l'angoisse psychotique...

C'est l'histoire d'une séance qui a eu lieu le 15 novembre 2001 et où la communication entre deux inconscients a été particulièrement vivace : celui d'un enfant psychotique de 8 ans, qui effectuait sa 3ème année de thérapie et mon propre inconscient en principe accueillant et alerte...
Mais tout d'un coup, et à un moment précis de cette séance à 35 dessins, toute osmose s'arrête entre nous deux.
Nous essayerons ensemble de voir pourquoi.
Ce jour là, Samer rentre chez moi et demande de dessiner. Mais il s'empare directement d'un petit bloc de papier que j'utilisais quelques fois personnellement, en écartant ceux qui sont habituellement à sa disposition.
Je laisse faire. Je prends quelques papiers du même bloc pour noter à mon tour (d'habitude je ne prends pas note en séance, sauf à la demande de l'enfant).

(Accéder aux dessins 1 à 6 en version pdf en cliquant ici)


Samer commence par le 1er dessin et dit : " Le monsieur est dessiné. "
2ème dessin : " Il dort. "
3ème : " Il entend le bruit qui fait boum, boum. "
4ème : " Ce sont les maisons", puis il me chuchote à voix basse : " quelqu'un fait du bruit."
5ème : " Un méchant monstre."
6ème : " Il vient, il y a un monstre qui casse les maisons. "
Si nous nous arrêtons à ce premier papier, je pourrais rappeler que Samer jouait beaucoup durant les séances précédentes avec des marionnettes représentant bébé et maman, harcelés durant leur sommeil par une voix terrifiante de dragon, crocodile, fantôme ou autres.
Nous avons alors l'impression d'assister à une scène primitive persécutrice qui détruit le corps en rentrant par le conduit auditif (angoisse paranoïde).
Samer utilisait même des fois en séance, un tuyau en plastique pour crier dans mon oreille. Et il fallait que je sursaute de peur pour qu'il en jubile (identification projective).
Ce viol nocturne était teinté d’un mécanisme assez archaïque, l'identification projective, c'est-à-dire que le bébé-Samer prenait fantasmatiquement la place du père à côté de la mère, dans un mouvement d'oedipe précoce, et c'est alors le père-dragon qui devient persécuteur.

(Accéder aux dessins 7 à 12 en version pdf en cliquant ici)


7ème : " Ça c'est foisson. " Je répète après lui pour essayer de comprendre, car il avait un problème dyslexique apparu avec le langage qu'il a acquis après sa première année de thérapie.
Je demande : " poissons ? " et Samer furieux, crie, fâché car je n'arrive pas à comprendre qu'il n’y a pas de poisson là-dedans !
Je réplique que j'essaye de comprendre ce qu'il veut dire et que sa fureur vient du fait qu'il me relègue une toute puissance magique, c'est-à-dire que je devrais comprendre instantanément sa pensée même si elle est mal articulée.
8ème : " Ils jouent " ; puis prononce des noms incompréhensibles.
9ème : " La pètre. " Je demande plus de clarification, il dit : " mayer " ; Ce que nous pouvons signaler là-dessus, c’est l'image des parents combinés (pètre : mère-père ; mayer : mother-father ; à savoir que Samer avait une connaissance de la langue française par sa mère et de la langue anglaise par sa nourrice. Il nous semble que cette condensation de parents combinés se jouait dans un registre sadique anal.
Nous sommes toujours dans le scénario d'une scène primitive qui explose.
10ème : " Un monstre-requin. "
11ème : " La pètre, il regarde la queue du monstre-requin " ; nous supposons ici que le monstre-requin (du 10ème dessin) a été castré (lui, Samer assistant à la scène primitive de ses parents combinés) castré par la pètre ou le mayer.
Nous voyons la queue du monstre (10 et 11) et pouvons facilement repérer la castration oedipienne vécue oralement par un enfant psychotique (le désir œdipien nous transparaît ici par le regard comme un acte en vue de s’emparer de la jouissance parentale).
12ème : " C'est un monstre-requin qui prend le monsieur." Nous voyons ici la vengeance-représaille par le monstre à moitié caché et comme cassé en deux ; les petits morceaux en bas peuvent figurer le morcellement suite au clivage-castration.
Nous remarquons le trait séparateur entre les deux registres.

(Accéder aux dessins 13 à 18 en version pdf en cliquant ici)


13ème : " Vite, il y a un monstre qui casse la maison et moi je suis dedans " ; Samer crie, comme s'il vivait à l'instant même ses fantasmes destructeurs (position parano-schizoïde).
Le trait séparateur dont nous avons parlé au dessin 12 tombe. La destruction envahit le dedans et le dehors, les parents et l’enfant, l'identification projective bat son plein.
Si nous voulons parler un peu du cri, de la voix, du téléphone-communication persécuteur et du " monstre qui casse la maison et moi je suis dedans ", nous pourrons penser que l’attaque sadique orale du bébé au sein de la mère est aussi perçue comme une attaque à l'intérieur du propre corps du bébé ; les limites n'étant pas encore tracées entre les deux corps (bien sûr on parle de la première période schizoïde des trois premier mois).
Si l'on suit M. Klein dans sa conception du sein maternel, elle considère qu'il englobe le visage qui regarde le bébé, les mains qui le tiennent, et la voix qui véhicule la communication.
Toute cette conception du sein transparaît clairement devant nous dans ce dessin ; pour le reprendre : le visage de la mère est là, les mains qui tiennent le bébé (le combiné de l’appareil téléphonique), et la voix qui véhicule la communication : le cri que Samer a articulé à la fin de sa phrase pour noter la voix persécutrice.
14ème : " Le monstre est mort. Les trois ont gagné."
Devant l'angoisse de mort persécutrice, Samer se défend tout de suite par un triomphe maniaque où le mauvais objet est projeté en dehors du corps, vers l'extérieur (rappel du dessin 13 : " il y a un monstre qui casse la maison et moi je suis dedans ").
Nous voyons clairement combien le processus défensif de la projection était indispensable ici - (les trois : peut-être les trois enfants de la fratrie de Samer).
15ème : " Le monstre-requin". Désemparée de l'apparition à nouveau sur scène du monstre, je me plais dans la défense maniaque de Samer et lui demande s'il n’était pas mort, ce monstre. Il répond alors : " C'est le lit … ".
Est-ce le lit de la scène primitive qui le fait réapparaître à nouveau dans un coït ininterrompu ?
Cela me rappelle les dessins animés où les héros ne meurent jamais (Tom et Jerry) et se régénèrent dans un mouvement de toute puissance archaïque…
16ème : " C'est Hercules qui tue les dragons " ; tout d'un coup, un nouveau personnage pointe. Un personnage bisexuel marquant l'identification aux objets paternels de la mère qui n'est plus seulement maternelle ou comme le dit simplement Bion : " Dans la rêverie de la mère, il y a le père ".
Devant la réapparition de l'objet attaqué et pour que Samer puisse élaborer la position dépressive, nous le voyons passer impérativement par une défense maniaque où la bisexualité rentre en scène.
A noter l'importance de l'intégration des éléments masculin-féminin (ou du clivage) durant la position dépressive sans trop de fracas ou de destruction.
17ème : " Monstre" ; nous remarquons la persécution orale qu'on trouve habituellement dans les dessins et les fantasmes des enfants psychotiques.
18ème : " Hercules. Le monstre il est mort " : nous assistons dans ce dessin à la défaite de l'objet persécuteur par le sourire vainqueur d'Hercules (à la place du trou denté terrifiant), nous voyons qu'Hercules a perdu pas mal de ses cheveux durant cette attaque, un bras aussi… Mais il n'est pas mort pour autant… Castré mais pas mort : Samer essaye de triompher de la position schizoïde…

(Accéder aux dessins 19 à 24 en version pdf en cliquant ici)


19ème : " Il courait, courait. " Pourquoi ? Samer ne le dit pas. Est-ce par triomphe maniaque ? Ou par peur de nouveau des représailles (culpabilité → phase défensive).
20ème : " Hercules regarde l'électricité, un monsieur est là " ; comme une barrière entre les deux positions : maniaque et dépressive. Le tiers, c'est le monsieur (le père oedipien ?).
21ème : " Maintenant Hercules pleure parce que sa maman est partie avec le monsieur. "
Nous voyons pointer la note dépressive de la perte, mêlée à l'oedipe précoce, après la persécution et le triomphe maniaque.
22ème : " Hercules regarde en bas. Il a cassé la route. Il ne peut plus partir. "
Hercules a essayé de franchir la barrière électrolysée, mais il a dû casser la route qui le mène plus loin.
Nous voyons le glissement subtil entre les défenses schizoïde, maniaque et dépressive : Tuer le monstre (pénis dans le ventre de la mère pour se protéger), dans les fantasmes du nourrisson, c’est aussi tuer la mère, la route peut-être qu'on voit bien dentée représentant le sadisme oral.
23ème : " Hercules ne sait c'est qui..." : Je demande qui a cassé la route ? Samer ne répond pas.
Juste avant, Hercules était sûr que c'était lui qui a cassé la route. Ici le doute revient. Les limites se perdent peut-être de nouveau entre lui et l'objet extérieur. (Objets internes - objets externes).
Et Samer semble se demander si jamais la route pouvait être à la fois la mère et l'enfant.
Le deuil et la culpabilité de la position dépressive sont marqués sur le visage d'Hercules ainsi qu’un point d'interrogation : que faire ? Comment réparer ? Comment sortir de cette impasse dépressive ?
24ème : " C'est un méchant dragon. Hercules regarde le dragon méchant. "
J'essaye d'introduire ici une note oedipienne à la régression schizoïde qui n'était en fait qu'une défense légitime de Samer contre la culpabilité de la position dépressive.
Probablement qu'après l'échec de la réparation dépressive, il retourne à la défense schizoïde en projetant le méchant qui a cassé la route à l'extérieur de lui, sur une image de dragon méchant avec une forte et nette disproportion dans le dessin.

(Accéder aux dessins 25 à 30 en version pdf en cliquant ici)


25ème : "Hercules est très content. " Je demande pourquoi ; il répond : " Parce qu'il est très content de tuer ce dragon ". La disproportion de taille est dissipée dans une défense maniaque très vite élaborée (contrôle - triomphe - mépris). Nous remarquons aussi le sourire denté triomphateur (identification à l'agresseur). Tuer, reste pour Samer un acte oral.
26ème : " Hercules… fait tomber le dragon. Il fait tomber ce dragon. "
Le dragon est en quelque sorte enterré sous la route cassée. Est-ce de nouveau dans la matrice maternelle ?
27ème : " Le dragon il est mort " ; nous remarquons une mort différente cette fois-ci, comme un dommage crânien. Mais la queue est toujours là.
28ème : " Il est très content. Il marche ".
29ème : " La maison cassée " : Samer bute de nouveau à ce corps maternel endommagé suite à ses attaques sadiques. On a l'impression qu'on est devant ce qu'on appelle le "désespoir dépressif ".
30ème : Devant l'angoisse infranchissable de Samer, quelque chose se passe à ce moment de la thérapie. Comme si j'étais personnellement prise dans le piège, par identification à l'angoisse dépressive ; et ce que je fais pour m'en défendre, c’est un mouvement habituel de ma part, mais cette fois-ci tombant mal peut-être : je claque mes doigts.
Et Samer de riposter, furieux : " Pourquoi tu fais du bruit ? "
Je lui dis alors qu'il m'a peut-être assimilée au monstre qui fait du bruit. Mais Samer continue son dessin qui va cette fois-ci me pétrifier.
C’est à partir de ce dessin-là que mon contre-transfert rentre carrément en jeu. Je ne comprends plus rien à ce qui se passe en séance. Mes préjugés priment.
Je vais continuer l'histoire de cet enfant psychotique qui a réussi à casser ma maison inconsciente à l'image de sa mère.
Il continue en expliquant ce 30ème dessin :
"Ils sont méchants les monstres." Et tout ce que j'avais à articuler à ce moment-là, c'est pointer le morcellement du mauvais objet en lui disant qu'il y a beaucoup de monstres maintenant.
Et Samer les énumère :
" Le feu - dragon ; le vent - dragon ; l'arbre - dragon ; l'eau - dragon. "

Là, le temps s'arrête pour moi en regardant les quatre éléments de la nature ainsi énumérés. Comme si je me suis défendue devant l'invasion du morcellement terrorisant en intellectualisant la situation : beaucoup de théories se recoupaient alors dans ma tête et je me suis rappelée à l'instant d'une collègue et amie pratiquant sur Paris qui m'avait parlé il y a des années d'un livre qu'elle avait lu sur les dessins d'enfants et où l'on traite l'hypothèse d'un rapprochement de la phylogenèse et de l'ontogenèse . Depuis, cette théorie m'a beaucoup intéressée et je voulais approfondir mes recherches là dessus. Mais malheureusement je n'avais pas trouvé les références adéquates.
Et tout d’un coup, en pleine séance, Samer me livre un matériel, qui à mon sens, était prêt à répondre à mes questionnements. C'est extraordinaire que de trouver dans l'inconscient individuel d’un enfant psychotique dosé de l'intuition spécifique à la psychose, un matériel recoupant la genèse de l'humanité et parlant des vérités universelles comme les quatre éléments de la nature !
À ce moment-là, croyez-moi, je ne pouvais pas penser autre chose. Ni la raison du morcellement de l'objet persécuteur après le claquement de mes doigts, ni la maison cassée qui s'est justement projetée sur mon inconscient anesthésié...

On dirait que j'ai pu en fait m'identifier aux objets internes monstrueux de Samer qui ont dû rencontrer mes propres objets internes contre-transférentiels et les ont paralysés...
Mais la séance continuait...

(Accéder aux dessins 31 à 35 en version pdf en cliquant ici)


31ème : " Des dragons ont volé - Hercules il a tué les dragons - vent - feu - arbre - eau. "
Nous voyons Hercules comme dans une matrice maternelle vide, triomphant sur l’objet phallique paternel.
32ème : " Hercules il pleure " : le deuil répété qui a une fonction positive en réalité, c'est d'enrichir le moi… Mais par une intervention personnelle voulant peut-être réparer à la place de Samer cette douleur répétée, je me retrouve demandant pourquoi il pleure ? Il répond : " Parce que sa maman est partie, il commence à pleurer ". Je demande alors si elle est partie avec les dragons.
Samer ne répond pas mais en réalité, je devais plutôt me demander où est-ce qu'il a pu m’envoyer aussi loin avec ses projections !
33ème : " Hercules il voit sa maman et rentre dans la maison et regarde sa maman " : « voit », « regarde », deux verbes qui se répètent : sa maman est là, elle n'a pas disparu suite à ses attaques destructrices.
À mentionner ici l'importance du sevrage lié à la position dépressive où l'objet frustrant est toujours là quand même ; ce qui est rassurant pour l’enfant. Car il y a une nécessité d'au moins un lien perceptuel qui relie l'enfant à l'objet pour que la représentation psychique soit possible.
La mère de Samer n'est pas morte malgré ses fantasmes touts puissants. La réalité du regard le prouve. Un regard en miroir narcissique qui affirme de même que lui aussi n'est pas mort pour autant.
On voit bien la position dépressive avec l'objet total en double. C'est la première fois que nous voyons la maman de Samer apparaître sous une forme humaine. A mentionner l'intégration de la perception, une notion très importante durant la position dépressive où fantasme et réalité commencent à se distinguer.
La question qui se pose ici est la suivante : serai-je cette mère détruite dans sa capacité de raisonner (fantasmatiquement) mais toujours là quand même en réalité devant Samer ?

34ème : " Un monstre" ; de nouveau ! Mais il a l'air gentil cette fois-ci. Comme Si c'était lui qui a pris le visage du monstre avec une intégration du morcellement (les tâches) et du clivage (bon-mauvais). Car durant la position dépressive l'introjection augmente (ici celle des deux parents).
À rappeler que ce monstre ressemble à l'arbre-dragon (dessin 30) mais à la différence que le sourire bienveillant a pris la place du sourire denté. Le bon objet a pris le dessus sur le mauvais.
35ème : Pour illustrer son dernier dessin, Samer prend mon crayon. Il a déjà les deux, le mien et le sien. Il dit : " On va voir qui est gagnant. Monstre, non, Wafica. Qui est gagnant ?…". Il tient alors les deux crayons en une seule main et je me demande à haute voix : qui a gagné ? Le monstre ou Hercules ? Hercules ou Maman ?
Il trace alors ces deux routes (Samer, Wafica) et dit : " J'ai gagné".
C'est le dragon qui a gagné.
Nous pourrons peut-être parler ici du côté positif du clivage apparu à la fin de cette séance hallucinante, qui permet l'introjection du bon objet après son idéalisation (on clive pour préserver l’objet idéal de l’attaque persécutrice).
Et cela ne pourra justement s'élaborer qu'après avoir réussi le travail de deuil qui diminue la culpabilité.

C'était déjà la fin de la séance, mais Samer refusait de partir. Et il n'a pu le faire qu’après avoir mélangé deux morceaux de pâte à modeler, l'un rouge, l'autre jaune et les a mangés.
Il a ainsi incorporé l'objet attaqué et perdu (ma propre perte en quittant la séance) pour unifier le clivage de ces deux routes, le mien et le sien, mais cette fois-ci pas sur le papier, mais plutôt au dedans de lui par introjection orale.
La distance et la perte effectives dans la réalité avaient besoin d'une intégration réelle de l’objet perdu. Samer avait des difficultés actuellement à symboliser la distance.
Mais nous pourrions penser qu'il a essayé quand même d'élaborer cette représentation entre l'extérieur et l'intérieur, par un fort-da si on peut dire, essayant ainsi de vaincre la perte réelle.
L'histoire de cette séance pouvait se terminer là, mais le matériel des quatre éléments continuait à me travailler pendant plusieurs jours.
J'avais décidé alors d'enquêter dans la réalité, auprès des BD pour enfants. Et à ma surprise, j'ai trouvé dans la série Minnie [1], le thème des quatre sorcières gardiennes de l'équilibre de l'univers (entre corps et esprit), qui justement détenaient leurs forces de quatre dragons : l'une s’appelant HAY-LIN représentant l’air, l'autre IRMA représentant l’eau, la troisième l'ARANET ou le feu, et la quatrième, CORNELIA ou la terre. Et à ma surprise, je découvre une cinquième que Samer n'a pas mentionnée, elle s'appelle WILL (ou volonté en français) et détient le pouvoir de l'esprit.
Et c'est alors que j'ai compris que la cinquième sorcière est justement celle qui a servi à Samer, sans pour autant l'illustrer dans son dessin, pour influencer mon propre esprit en bloquant mon entendement, m'infiltrant ainsi la mort qui était destinée à sa mère.
Samer voulait s'assurer ainsi, comme tout psychotique, de sa toute puissance de pensées.

Pour terminer, je vous confie que je ne pouvais pas prendre conscience de cette paralysie-mort au cours de cette séance terrorisante.
Ce n'est que dans l'après-coup que l'image s'est unifiée peu à peu, amassant les morceaux du puzzle.
Le puzzle de l'inconscient psychotique que nous effleurons impérativement avec de tels patients.
Néanmoins, de cette angoisse dépressive de mort, émerge l'art réparateur de la souffrance, en créativité et symbolisme, que cet enfant nous a livré.


1. Actuellement « Witch », magazine pour jeunes, assise réelle de ses fantasmes.







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