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Évolution du Surmoi culturel :
femme, mère et transmission

Marie-Thérèse KHAIR BADAWI


Article paru dans la Revue française de Psychanalyse, 2000/5 (Vol.64), numéro spécial congrès, « L’idéal transmis », pp. 1775-1782.

Résumé : Les questions que pose l'auteur tournent autour de l'évolution du Surmoi culturel et de la transmission des idéaux par la femme en tant que mère : que dirait Freud aujourd'hui de la femme et de sa sexualité face à l'évolution du Surmoi culturel touchant aux femmes ? Comment est vécue, par la femme en tant que mère, la rupture avec le Surmoi culturel et qu'advient-il de la transmission puisqu'elle en est l'agent principal ? Comment s'articule la dépendance entre Surmoi individuel et Surmoi culturel ? Autant de questions auxquelles l'auteur tente de trouver des réponses.

Mots-clés : Surmoi culturel – Surmoi individuel – Femme – Mère – Transmission – Freud/Femme.


* * *


« Aujourd’hui les filles s'émancipent
Et vous parlent de leurs grands principes
Puis elles font comme leur maman
En vertu des grands sentiments. »

Guy Béart, « Les grands sentiments »
(cité de mémoire)










Depuis plus de vingt ans je réfléchis aux problèmes liés à la sexualité, plus particulièrement à ceux de la femme, dans le contexte traditionnel libanais. La majorité de mes observations m'avaient conduit à privilégier le rapport individu/société dans mes différentes tentatives de compréhension. En partant de la pression de ce que j'ai appelé les « outils » du social que sont la famille, l'école, le mariage... dans une société comme la mienne où l'encadrement par le religieux est incontournable, j'avais découvert à quel point, dans la sexualité en particulier, ces outils constituaient des forces collectives du refoulement et contribuaient à la formation d'un Surmoi tyrannique et culpabilisant.

Du fait de l'importance que j'accordais à la relation entre le culturel global et un vécu subjectif qui semble en apparence toucher uniquement à l'intimité individuelle, j'ai pensé pendant longtemps à "un fourvoiement" dans les explications socioculturelles.

Mais encore... je pressentais que mon interprétation n'était pas suffisante.

C'est là où, en écoutant les échanges de nos collègues, j'ai entendu comme un langage nouveau. J'avais travaillé sur le Surmoi culturel sans le savoir, j'avais essayé de cerner les agents de la transmission, mais sans trouver les référents métapsychologiques et sans parler de la conflictualisation intrapsychique. C'est ce que je vais essayer de réintégrer aujourd'hui à ma réflexion, à partir des rapports présentés à ce congrès – notamment celui de Gilbert Diatkine – et des discussions qui s'en suivirent.

Si le Surmoi culturel évolue, comme le précise Gilbert Diatkine, et si l'agent principal de la transmission est la femme, en tant que mère, comme on l'a répété tout au long de ces quelques jours sans vraiment s'y attarder, j'aimerais introduire dans notre débat trois aspects de la question que semble poser le problème de cette transmission par rapport à l'évolution du Surmoi culturel :

1. Freud, la femme et l'évolution du Surmoi culturel.
2. La femme, la mère et la rupture avec le Surmoi culturel.
3. Le degré de dépendance entre Surmoi individuel et Surmoi culturel.



Freud, la femme et l’évolution du Surmoi culturel

Les idées de Freud sur la femme s'inscrivent, sans nul doute, dans un contexte social déterminé qui fait qu'il a toujours insisté sur l'aspect contraignant et sacrificiel que la condition de la femme suppose, autant que sur l'aspect douloureux et anesthésié que sa sexualité implique.

Dans ses correspondances, en parlant de sa future belle-mère, il dit : « En tant que mère, elle devrait être heureuse de voir que ses trois enfants sont à peu près heureux et sacrifier ses désirs à leurs besoins » (S. Freud [2], lettre du 21/2/1883, p. 47). La même année il écrit encore à sa fiancée Martha : « Je te laisserai gouverner la maison comme tu le désireras et tu m'en récompenseras par un amour profond » (Ibidem, lettre du 23/10/1883, p. 81), et dix ans plus tard : « Nous sommes d'accord, je crois, toi et moi, pour estimer que la tenue du ménage, l'éducation des enfants et les soins à leur donner excluent à peu près toute possibilité de gagner de l'argent... Il est tout à fait impensable de vouloir lancer les femmes dans la lutte pour la vie à la manière des hommes... Je (t)'attribue pour domaine exclusif la paisible activité de mon foyer » (Ibidem, lettre du 15/1/1893, pp. 86-87).

Jusqu'à la fin de sa vie, dans un de ses derniers articles sur la féminité (le dernier ?) il décrit la femme comme « ne possédant pas à un haut degré le sens de la justice... et encore moins d'intérêts sociaux que les hommes » (S. Freud [9], p. 176). Mais on sait que Freud ramène cet état de choses à la répression sexuelle que subissent les femmes et à leur condition physiologique et anatomique.

En effet, bien que le renoncement à une grande partie des pulsions libidinales est le prix à payer à la culture par les hommes et les femmes civilisés, comme il le développe dans Malaise dans la civilisation (S. Freud [8]), il précise aussi que nous vivons dans une société où existe une double morale sexuelle qui rend ce renoncement plus grand du côté féminin (S. Freud [4]). L'ignorance dans laquelle on maintient la femme pour éloigner toute tentation sexuelle et ajourner constamment sa sexualité afin de garantir sa virginité jusqu'au mariage, va la conduire à devenir sexuellement frigide et anesthésiée (Ibidem p. 41 et S. Freud [6] p. 62) et à « une infériorité intellectuelle... une inhibition de la pensée... ce qui est une réalité indiscutable » (S. Freud [4] p. 42), idées qu'il reprendra trois ans plus tard dans une réunion du mercredi : « Le secret de l'imbécillité physiologique des femmes réside dans le fait qu'elle est une conséquence du refoulement sexuel. Comme on leur a interdit de penser à ce qu'il y a de plus valable pour elles, l'activité de la pensée en général n'a plus de valeur du tout » (S. Freud [5], réunion du 3 mai 1911, p. 245).

Quant à l'anesthésie sexuelle, elle va être parachevée par les contraintes physiologiques que la femme va affronter quand va être enfin permise l'activité sexuelle dans le mariage : l'obligation de se contenter d'un nombre de procréations réduit, impose des restrictions sexuelles et une peur du risque de conception, en l'absence de contraception efficace (S. Freud [4], pp. 38-39). D'ailleurs, il ajoute à tous ces facteurs que si la fréquence de la frigidité sexuelle de la femme est parfois psychogène et peut donc être traitée, « ... d'autres fois elle laisse supposer l'existence de quelque facteur constitutionnel, voire anatomique » (S. Freud [9] p. 173). On n'oublie pas qu'il a même conseillé des opérations multiples à Marie Bonaparte qui souffrait de frigidité afin de rapprocher « le gland clitoridien » de l'orifice vaginal.

Je vais m'arrêter là dans ce rapide survol des textes de Freud, car il est impossible d'en faire l'inventaire pour ce qui touche à notre sujet, l'essentiel étant d'avoir compris que les contraintes dont nous parlons, qui sont imposées à la femme civilisée, constituent ce que nous avons défini comme étant le Surmoi culturel, puisqu'elles imposent un renoncement progressif aux pulsions.

Or, on sait combien depuis Freud le Surmoi culturel a évolué, notamment en ce qui concerne les femmes, timidement dans ce coin d'Orient qui est le mien, de manière plus spectaculaire en occident. Pour reprendre ses propres termes, la tenue du ménage, l'éducation des enfants et les soins à leur donner, n'excluent plus la possibilité de gagner de l'argent, beaucoup de femmes sont lancées dans la lutte pour la vie à la manière des hommes et n'ont plus pour domaine exclusif la paisible activité du foyer. Les femmes s'occupent de justice, ont des intérêts sociaux multiples, ont prouvé qu'elles n'ont pas d'infériorité intellectuelle, ni une imbécillité physiologique, ni une inhibition de la pensée, et depuis l'avènement de la contraception, la répression sexuelle n'est plus ce qu'elle était et on ne peut plus parler d'anesthésie sexuelle liée aux restrictions imposées par la peur de conception en l'absence de contraception efficace, ni de frigidité constitutionnelle et/ou anatomique.

Sans vouloir évacuer l'intrapsychique, il m'arrive souvent de rêver : que dirait Freud aujourd'hui de la femme et de sa sexualité face à ce qu’elle a acquis comme maîtrise de son destin physiologique, lui qui déjà en 1898, en véritable précurseur, pressentait ce que pouvait représenter comme bouleversement pour l'ensemble de l'humanité la séparation entre l'acte de procréer et le plaisir sexuel ? « Ce serait théoriquement l'un des plus grands triomphes de l'humanité, l'une des libérations les plus tangibles à l'égard de la contrainte naturelle à laquelle est soumise notre espèce, si l'on parvenait à élever l'acte responsable de la procréation au rang d'une action volontaire et intentionnelle et à le dégager de son intrication avec la satisfaction nécessaire d'un besoin naturel » (S. Freud [3] p. 89). Que dirait Freud aujourd'hui de la femme et de sa sexualité face à l’évolution de la science, de la condition des femmes et du Surmoi culturel les concernant, lui qui dans toute l'humilité de son génie reconnaissait en 1926 que « la vie sexuelle de la femme adulte est encore un dark continent pour la psychologie » (S. Freud [7] p. 133) et en 1932 que son discours sur la féminité était incomplet, fragmentaire et peu réjouissant, laissant la porte ouverte à l'expérience personnelle, aux poètes et aux hommes de science, pour en apprendre davantage sur le sujet et découvrir ce qu'il n'a pu trouver ? (S. Freud [9] pp. 177-178).



La femme, la mère et la rupture avec le Surmoi culturel

Revenons à la conflictualisation intrapsychique. Si depuis Freud le Surmoi culturel a changé, plus particulièrement en ce qui concerne les femmes - et on sait combien les femmes elles-mêmes ont contribué à ce changement - comment est vécue par la femme la rupture avec le Surmoi culturel ? Si la femme dans la mère est en rupture avec le Surmoi culturel, qu'advient-il de ce qu'elle transmet puisqu'elle est l'agent principal de la transmission comme on l'a précisé dans notre congrès ?

Rania, jeune mère de 24 ans raconte : « Je ne veux pas allaiter mon bébé pour ne pas abîmer ma poitrine... Ma mère m'a dit que Dieu allait me punir et mon mari me le reproche tous les jours... Cela me tourmente mais il n'y a plus de retour en arrière possible ; heureusement, sinon j'aurais peut-être flanché. »

Nada, 38 ans, demande à ses enfants garçons et filles de participer aux travaux ménagers : « J'ai beaucoup souffert, mes sœurs aussi, de l'inégalité de traitement entre nous et nos frères. Je veux obtenir de mes enfants des deux sexes les mêmes exigences... Ma mère me dit que je vais faire de mes garçons des homosexuels et de mes filles des "hommasses" qui ne pourront plus se marier... J'angoisse très souvent en me disant qu'elle a peut-être raison. »

De la rupture avec le Surmoi culturel – entre la femme, la mère en elle et sa propre mère comme véhicule premier du Surmoi culturel – naîtra une douleur psychique comme en témoignent nos exemples, comme ils nous montrent aussi combien est grande l'emprise transgénérationnelle des mères et combien la femme, en tant que mère, va ressentir de la culpabilité pour avoir rompu avec les idéaux sociaux et entrer en conflit interne.

Qu’est-ce qu’il en résultera ? Il est certain que ce conflit va « passer » dans les soins maternels, l'enfant étant branché sur l'inconscient de sa mère... Mais dire à ce moment-là, comme on l'a dit au congrès, que parce qu'il y a conflit il y a transmission, serait un raccourci trop commode. Car nous remarquons que dès que le corps de l'enfant – fille ou garçon – arrive à maturité sexuelle à la puberté et commence à présenter des attributs spécifiques de féminité ou de masculinité, les mères, en conflit interne causé par la rupture douloureuse avec le Surmoi culturel, apparaissent comme si elles réintégraient les idéaux en vigueur et vont essayer de les transmettre avec toutes les contraintes qu'ils supposent, alors qu'elles s'y étaient opposées de toute leur force au départ. « Je gronde mon fils de douze ans, quand il pleure, en lui disant qu'un homme ne pleure pas, alors qu'avant cet âge je veillais ardemment à l'expression de ses émotions que d'habitude on réprime chez les hommes dans nos sociétés... Je sens comme une peur, comme si je ne pouvais plus jouer avec ça parce qu'il a grandi » dit Joëlle, 40 ans. « J'exige de ma fille de 19 ans de rentrer avant minuit alors que mon fils de 18 ans peut rentrer à l'heure qu'il veut. Ma fille proteste et ne comprend pas pourquoi j'ai changé, car envers et contre tous je les ai éduqués avec un souci d'égalité... Je ne comprends pas pourquoi j'ai tellement changé ! » avoue Maya, 41 ans, en pleurant.

La rupture avec le Surmoi culturel et son lot de culpabilité, d'angoisse et de peur, ne va-t-elle pas faire en sorte que la mère va effectuer un va-et-vient constant entre l'admis et le défendu et transmettre un message contradictoire qui va prendre l'allure d'un message paradoxal, une sorte de double bind : permettre et interdire à la fois ? Qu'advient-il de sa fonction de messagère de la castration ? Qu'advient-il alors de la transmission du Surmoi culturel et des idéaux ? Et en conséquence, qu'advient-il de l'équilibre intrapsychique de l'enfant ?

Les questions qui se posent sont multiples. Mais il me semble que se profile en filigrane derrière les exemples précités la question du rapport entre Surmoi individuel et Surmoi culturel. Est-ce que l'un suit l'autre ? Comment s'articule la dépendance entre l'un et l'autre ?



Le degré de dépendance entre Surmoi individuel et Surmoi culturel

Dans les exemples cités plus haut apparaît donc le conflit entre Surmoi individuel et Surmoi culturel : opposition entre l'impératif d'allaiter, idéal valorisé socialement et le refus de s'y soumettre par désir individuel dans le premier, exigences sociales bien définies du masculin et du féminin marquant l'emprise du collectif sur l'individuel dans les autres, le conflit semble incontournable.

Une quantité innombrable d'autres exemples me viennent encore à l'esprit. J'en retiendrai un qui semble illustrer plus particulièrement ce conflit. Il s'agit du problème posé par la transgression du tabou de la virginité dans des sociétés comme la mienne qui y tiennent encore.

En effet, j'ai constaté que, alors qu'il y a transgression du tabou, celles-là mêmes qui ont transgressé l'interdit, ont souvent recours à des stratagèmes pour masquer la perte de leur virginité. Je signalerai à ce propos que j'ai observé plusieurs types de ruses ingénieuses : de l'opération de réparation de l'hymen, à la manœuvre qui consiste à casser une fiole qui contient un mélange à base de blanc de baleine, d'éther sulfurique et de colorant rouge, tous les expédients sont bons pour simuler un écoulement sanguin témoin de la première pénétration et travestir la perte de la virginité. (Je signalerai au passage, pour l'intérêt anthropologique, que cette formule m'a été livrée jalousement il y a quelques années par un ami pharmacien, qui m'avoue que cette dernière est connue et fabriquée dans ce but, par beaucoup de gens du métier. Quant à la pratique qui consiste à étendre, devant témoins, le drap parsemé de tâches de sang de la première nuit nuptiale ou bien à l'envoyer à la belle-famille, elle existe encore ; je l'ai repérée dans certains groupes ethniques et dans des milieux plutôt défavorisés. J'ai aussi rencontré des femmes qui n'ont pas perdu du sang lors de leur première nuit nuptiale alors qu'elles étaient vierges, ce qui a été l'occasion de conflits inextricables avec leurs maris qui ne les croyaient pas sur parole).

C'est une histoire de tous les jours. Lara, 22 ans, va faire un bon mariage. Elle a eu une expérience sexuelle avec un garçon à l'université et elle n'est plus vierge : « Je ne peux pas dire à mon fiancé que je ne suis plus vierge... S'il le disait à nos parents respectifs ?… s'il me quittait ?… Je préfère faire une opération chez un gynécologue plutôt que faire un scandale. »

Bien que l’on postule que le Surmoi individuel ne change pas, ne peut-on pas dire qu'il y a eu dans un premier temps modification du Surmoi individuel puis, dans un deuxième temps, retour aux exigences du Surmoi culturel ? Sans rentrer dans les spécificités cliniques des différents discours de Joëlle, Maya, Lara… ne peut-on pas relever qu'ils se recoupent autour de cette articulation commune ? Mais alors, comment se fait le passage de l’un à l’autre ?

Dans son rapport, Gilbert Diatkine souligne que Sigmund Freud tient à la coïncidence du Surmoi individuel et du Surmoi culturel (G. Diatkine [1] p. 97), alors que lui conclue que « les commandements du Surmoi culturel ne coïncident pas toujours avec ceux du Surmoi individuel » (Ibidem p. 148). Les exemples cliniques présentés semblent corroborer son point de vue et pourraient même montrer que nous pouvons lire sa conclusion dans les deux sens : les commandements du Surmoi individuel ne coïncident pas toujours avec ceux du Surmoi culturel. La sévérité vient du Surmoi du sujet, mais aussi de l'intériorisation des figures interdictrices du Surmoi culturel. Le conflit interne créé par la rupture avec les idéaux sociaux est source de souffrance et de culpabilité, ce qui fait que le Surmoi culturel est aussitôt « rattrapé » par les exigences du Surmoi individuel auxquelles le sujet n’échappe pas. C'est ce qui crée un passage en interaction permanente entre les interdits du Surmoi culturel et les exigences du Surmoi individuel, c'est ce qui produit ce va-et-vient constant entre l'interdit et le permis chez les mères que nous avons évoquées plus haut, c'est ce qui explique le retour aux idéaux sociaux chez les femmes qui ont essayé de transgresser les interdits.

Voilà que nous sommes « rattrapés » nous aussi par le problème de la transmission. Si nous admettons que la femme, en tant que mère, est un des véhicules premiers de la transmission du Surmoi culturel et des idéaux, il faudra admettre aussi, à la lumière de nos développements, qu'il y a malaise dans la transmission. Si le Surmoi est constitué par identification au Surmoi des parents (S. Freud [10] p. 91) et dépend de la manière dont les idéaux culturels sont investis et transmis par le premier objet qui est la mère, il faudra peut-être attendre deux ou trois générations pour que le conflit interne – bien que constamment alimenté – créé par la rupture avec le Surmoi culturel soit moins douloureux et que, en conséquence, la transmission soit moins paradoxale.

Alors ?... Dans cent ans… Rendez-vous, à Beyrouth, des psychanalystes à-venir pour une mise au point, au cours d’un nouveau congrès sur « Le Surmoi culturel et la transmission » ?



Références bibliographiques

[1] Diatkine G. (1999), Surmoi culturel in Bulletin de la Société Psychanalytique de Paris, no 55, novembre/décembre 1999, pp. 78-157.
[2] Freud S. (1873-1939), Correspondances 1873-1939, Paris, Gallimard, 1991.
[3] Freud S. (1898), La sexualité dans l'étiologie des névroses in Résultats, Idées, Problèmes, I, 1890-1920, Paris, PUF, 1984.
[4] Freud S. (1908), La morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes in La vie sexuelle, Paris, PUF, 1972.
[5] Freud S. (1910-1911), Les premiers psychanalystes, Minutes de la société psychanalytique de Vienne, III, 1910-1911, Paris, Gallimard, 1979.
[6] Freud S. (1912), Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse in Contributions à la psychologie de la vie amoureuse in La vie sexuelle, Paris, PUF, 1972.
[7] Freud S. (1926), Psychanalyse et médecine in Ma vie et la psychanalyse, Paris, Idées/Gallimard, 1968.
[8] Freud S. (1929), Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1978.
[9] Freud S. (1932), La féminité in Nouvelles conférences sur la psychanalyse, Paris, Idées/Gallimard, 1975.
[10] Freud S. (1933), La personnalité psychique in Nouvelles conférences sur la psychanalyse, Paris, Idées/Gallimard, 1975.




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