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Conférences en ligne

Le jeu solitaire chez l'enfant

Mouzayan OSSEIRAN

(Conférence prononcée le 18 avril 2013 dans le cadre des conférences de l'Association Libanaise pour le Développement de la Psychanalyse).



Le jeu est une activité de plaisir, réalisation de désirs enfantins.
Mode expressif, le jeu du joueur exprime ce qu’il porte au fond de lui, ce qui le gêne, ce qui l’obsède, bref, le jeu a un sens.
En tant que conduite, le jeu extériorise le fantasme avec deux corollaires : outre la censure surmoïque incluse dans la fantaisie imaginative, le jeu rencontre l’interdit parental actuel, et le cerne de la réalité dans laquelle il s’inscrit. Il doit se placer dans le champ de ce qui est accepté et de ce qui est possible. Ainsi, le jeu n’est qu’un reflet du fantasme ; une partie seulement du fantasme s’y trouve exprimée.
Le jeu un processus psychologique médiatisé par un objet réel appelé jouet. Ainsi, l’activité pré-ludique se transforme en activité ludique au moment où se trouve définie l’opposition du dedans psychique et du dehors physique.


Comment se constitue la dynamique des jeux ludiques ?

La dynamique des activités ludiques est constituée par le jeu inorganisé des pulsions partielles. L’enfant, dans son jeu, cherche la satisfaction des pulsions partielles. Selon la théorie freudienne, ces pulsions renvoient à la multiplicité des organes érogènes [1]. Ainsi par exemple, les premières activités pré-ludiques se trouvent concentrées au niveau de la zone buccale et péribuccale d’une part et au niveau de l’érogénéité de la sensibilité vestibulaire, d’autre part.
Ph. Gutton distingue deux genres de pulsions partielles : d’une part les pulsions partielles dont le but est un objet extérieur (appelé jouet), et d’autre part, celles orientées vers l’image corporelle en tant qu’objet narcissique (le corps propre est le jouet) ; dans cette dernière orientation, se situe le jeu de maîtrise, et plus largement, le jeu de rôle : « Je joue à être triste, à être persécuté, à être le roi, etc. »
Les jeux de l’enfant sont indéfiniment répétés ; cette répétition fait partie de l’activité pulsionnelle. Toutefois, cette répétition ne représente que des plaisirs partiels ; ce serait ainsi l’insatisfaction du jeu qui serait à l’origine de la répétition tout autant que sa satisfaction.
Je m‘explique : l’enfant qui se plaît à répéter, déforme par ses jeux, afin de les réaliser, les désirs qui lui ont été interdits ; par exemple, ni l’enfant ni la mère ne savent que la poupée sauvagement fessée par la fillette est la mère en question. L’observation du jeu des enfants nous montre donc combien chacun d’eux recherche pour lui-même, une satisfaction particulière de plaisir dans son corps, selon la carte de ses zones érogènes ; le jeu du papa et de la maman en est un exemple évident lorsque se rencontrent les curiosités bien différentes du petit garçon et de la petite fille à l’égard du pénis.


Qu’en est-il du jeu au stade anal ?

Aux environs de la deuxième année, comme vous le savez, l’enfant découvre un système dialectique de plaisirs complexes, centré sur une nouvelle conception du dedans et du dehors qui structure le corps propre dans l’environnement d’une part, les fèces sont retenues à l’intérieur du corps : pouvoir auto-érotique, pouvoir affectif sur la mère qui, dans l’apprentissage de la propreté, attend le relâchement sphinctérien à heure et espace fixes, pouvoir sur l’objet gardé. D’autre part, les fèces peuvent être expulsées : source nouvelle de plaisir, cadeau à la mère gratifiante, manipulation possible extérieure des matières fécales, émoi de la toilette anale. Ces divers plaisirs contradictoires les uns par rapport aux autres, rencontrent la contrainte éducative maternelle telle qu’elle est issue des données culturelles et des interdits propres de la mère dans cette sphère de l’érogénéité.
La modalité relationnelle de la mère et de l’enfant se situe à ce stade au niveau de l’échange, du troc. Les fèces ont la signification de cadeau dont le corps de l’enfant accepte de se séparer ; elles sont offertes à la mère en échange d’une gratification. Dans le cadre de ces gratifications, les jouets prennent une importance particulière. L’enfant peut ou non jouer sur son pot ; il pourra jouer après avoir « fini » d’être sur le pot. Lorsque l’enfant accepte de se défaire de ses fèces, il se crée un manque qui doit être perçu par la mère ; celle-ci cherche à le combler par un ensemble d’attitudes bienveillantes fondamentales pour l’évolution libidinale de l’enfant : un jouet peut venir combler le manque de l’enfant, en d’autres termes, venir annuler la perte de l’objet anal par l’enfant. D’emblée le jouet nous apparaît revêtu d’un sens ambigu : il est don de la mère et sa manipulation permet à l’enfant d’acquérir une indépendance par rapport à elle ; grâce au jouet, la mère est présente et l’enfant fait un apprentissage qui lui permet de supporter l’absence maternelle.
Ainsi, le jouet, donné ou pas par la mère, autorisé ou interdit, se trouve l’objet substitutif privilégié des fèces. Si les mères interdisent la manipulation des matières fécales après leur émission au-dehors, l’enfant à la possibilité de manipuler un certain nombre d’objets de substitution, qui sont ses jouets.


Comment analyser le jeu anal ?

Le jeu anal est tout d’abord jeu de « gardé ». Il pourrait s’analyser à deux niveaux : le plaisir de garder en soi et la relation avec l’autre (la mère, le dehors) désireux de prendre cet objet. L’érotique du garder nous place dans ce que l’on pourrait appeler les jeux solitaires de l’enfant : l’enfant préfère jouer seul avec ses jouets ; il s’enferme plus ou moins dans sa chambre, espace symbolisant son espace corporel. Son invention fantasmatique peut-être considérable, au sein de cet espace clos. Il est possessif, il ne prête pas ses jouets, il est parfois, méticuleux ; il lui semble important de garder ses jouets en bon état (ce qui n’est pas forcément la version donnée par la mère). Dans un jeu de ballon, il garde la balle indéfiniment, ne voulant pas s’en défaire ; il traverse le terrain, le ballon collé au corps. Jouant aux cartes, il se refuse à utiliser les cartes qu’il aime dans la compétition d’un jeu de bataille. Sa relation avec l’autre se situe sous l’angle passif-actif ; les deux éléments de ce couple sont indissociables. Erickson a étudié trois aspects de cette maîtrise active de l’enfant à l’égard de la mère dans un renversement fondamental de la situation du stade antérieur :
La première activité de l’enfant est conséquente lorsque l’émission de selles est décidée par lui devant une mère en attente ; c’est bien le renversement de la situation orale dans laquelle le plein oral était en dépendance de l’activité maternelle. Rappelons ici le rôle fondamental selon Spitz de cette activité de l’enfant dans une identification à la mère frustratrice. En maîtrisant ses jouets à sa guise, l’enfant maîtrise la mère qui les lui a donnés.
Deuxièmement, l’agressivité à l’égard de la mère est exprimée dans les jeux anaux de cette période, non seulement par divers comportements d’ordre caractériel mais par des attitudes violentes à l’égard de ses propres jouets ; il peut briser avec satisfaction.
Troisièmement, dans ce jeu du garder, l’enfant assume sa solitude ; il invente ses jeux, il n’a besoin de personne et, en particulier, sa mère.
Ainsi, le jeu anal apparait comme une tentative pour maîtriser la mère captatrice des fèces, et surmonter l’angoisse provoquée par l’exigence maternelle.
Le jeu anal est d’autre part une symbolisation de la manipulation des fèces au dehors. J’entends par là non seulement les manipulations des enfants à l’égard des différends objets représentatifs ou non représentatifs, et ultérieurement, à travers un certain nombre de règles de jeux, mais aussi des jeux d’ordre symbolique, dans lesquels est mise en scène la totalité du corps anal ; c’est le jeu du plein et du vide ; la boîte pleine et la boîte vide ; jeu du contenant et du contenu ; le corps anal est, donc, un corps creux avec une embouchure qui le remplit et le vide. En développant la marche, il devient corps plein dans l’espace vide et se meut comme tel. L’érotisation du geste est importante ; elle donne à l’agressivité sa composante de plaisir ; le jeu anal débouchera sur le sport… Dans ce champ de la spatialité, comme dans celui de la manipulation, l’enfant rencontre l’interdit ; les règles, les limites. La mère était frustratrice elle devient interdictrice de comportement ; face à l’interdit, l’enfant développe la possession : le jouet donné par la mère, qui était implicitement gardé par elle jusqu’alors, devient en propre le corps de l’enfant et prend en quelque sorte une indépendance à l’égard de celui de la mère, indépendance que l’interdit peut éventuellement bouleverser.

Mais que se passe-t-il quand la relation d’échange, entre la mère et l’enfant, est disharmonieuse ?

La clinique nous montre les deux cas extrêmes de ce processus. Tout d’abord, le refus de ce type d’échange fécal, chez l’enfant encoprétique ; ce dernier n’accepte pas le contrat de troc qui peut s’établir entre lui et sa mère. Pour lui, ce contrat n’a pas de sens pour des motifs divers ; d’abord au niveau de la signification profonde qu’il donne au cadeau maternel, sans doute dès la période orale, tout ce qui est dehors est mauvais. Au même titre que le cadeau offert par la mère est persécuteur ; dès lors il se confine dans un plaisir auto- érotique à forte charge sado-masochique. Ce refus de la loi de l’échange chez l’enfant encoprétique s’associe toujours avec de graves perturbations de ses activités-ludiques ; dans certains cas, l’enfant ne joue presque pas ; l’essentiel de ses activités avec les autres enfants est constitué par des corps à corps érotiques et surtout agressifs (éventuellement pervers). Il est difficile d’entrer en contact avec ces enfants au niveau symbolique, langagier ou ludique ; il semble néanmoins qu’on puisse aborder leurs problèmes profonds en s’intéressant directement aux symptômes de façon fort peu classique, en se rapprochant très fortement de leurs comportements anaux qui surprennent par leur diversité de l’ordre de la masturbation anale ; l’enfant garde ses matières le plus longtemps possible, ne va, aux W.C. que pour ne « faire qu’un tout petit peu » et « garder l’essentiel » (comme si le rectum devait être constamment plein dans une érotique de garde), érotisation de l’émission de la selle prolongée au maximum et répétée. D’autres enfants encoprétiques présentent des activités ludiques, simple érotisation déplacée et répétée du garder et du lâcher.

On constate que le problème de la relation d’objet de l’enfant encoprétique, se situe en quelque sorte dans une difficulté de symboliser les fèces et dans leur nécessité alors de coller au vécu corporel par le passage à l’acte… Les mères de ces enfants, volontiers narcissiques, ont toujours une difficulté pour symboliser leur gratification qui reste corporelle ; ces mères donnent fort peu de cadeaux à leur enfant.
A l’autre extrême se situent les jeux obsessionnels. A ce niveau de réflexion, il faut différencier deux faits cliniques, l’un pathologique, l’autre normal. Il est possible d’observer dès cet âge une structuration obsessionnelle de la personnalité extrêmement serrée : l’enfant ne joue guère. Jusque vers 3 ou 4 ans, il se contentera d’aligner sur une feuille de papier des ronds qui remplissent entièrement la feuille, ne laissant aucun blanc. Tout bris de jouet provoque une angoisse intense auprès de l’enfant. De telles structurations obsessionnelles précoces correspondent à des anomalies de la constitution de la relation d’objet au premier âge, proche de la psychose.

Les jeux normaux de l’enfant à cette période anale, ont un aspect obsessionnel dans la mesure où ce qu’il est justement convenu d’appeler « jeu obsessionnel » est constitué par une symbolisation de la relation de l’enfant avec ses fèces. Les jeux sont fort simples et précis, ils se caractérisent par une construction méthodique d’objets non significatifs avec des matériaux de plus en plus complexes…

En conclusion, les jeux anaux se présentent ainsi comme des activités substitutives, symboliques, de la relation d’échange harmonieux ou disharmonieux qui s’effectue entre la mère et l’enfant, échange dont le principe réside dans le don que l’enfant accepte de faire d’une partie de son corps, les fèces, et le don symbolique ludique, stimulant et répondant au précédent, fait par la mère.
Ces dons mettent face à face, comme dans un miroir inégal, la mère et l’enfant. Au jouet, don symbolique de la mère, l’enfant offre le renoncement d’une partie de son corps.



Références bibliographiques

Benassy M., Discussion à propos de la communication de Lebovici et Diatkine sur les obsessions chez l’enfant », in Revue française de psychanalyse, 1957, 21, 3, pp., 670-672.
Caillois R., Les jeux et les hommes, Gallimard, 1958.
Château J., L’enfant et le jeu, Paris, Ed. du Scarabée, 1950.
Château J., Le jeu de l’enfant après trois ans, sa nature, sa discipline, Introduction à la pédagogie, Nouv. éd., Vrin, 1961.
Diatkine R., La signification du fantasme en psychanalyse d’enfant, in Revue française de psychanalyse, 1951, 15, 3, pp. 325-343.
Diatkine R., Du normal et du pathologique dans l’évolution mentale de l’enfant, La psychiatrie de l’enfant, 1967, 10, 1, pp. 1-42.
Freud A., Le normal et le pathologique chez l’enfant, coll. « Connaissance de l’inconscient », Paris, Gallimard, 1968.
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Freud S. (1925), La négation, Résultats, idées, problèmes, II, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIII.
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Gantheret F., Remarque sur la place et le statut du corps en psychanalyse, Nouvelle Revue de Psychanalyse, 1971, n°3, pp. 137-146.
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Lebovici S., La relation objectale chez l’enfant, Psychologie de l’enfant, 1960, 8, 1, pp. 147-226.
Spitz R. A., Le Non et le Oui ; genèse de la communication humaine, PUF, 1962.


Notes

1. La carte des zones érogènes : lèvres, épiderme du fessier, surface épidermique, zone anale, urétrale ainsi que toutes les parties du corps.




















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